{Premier Chapitre}

{Premier Chapitre}
- - - l-- "We're just a little older baby now
- - - l-- But we don't got to be what they want
- - - l-- Cause I still got a little boy at heart
- - - l-- He wants to fuck shit up"
- - - l _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _




« Tu es belle, sage, pleine de confiance en toi. Tu te tires de toutes les situations avec finesse et aplomb. » Bon, je suis ravie que Jess ait un coach pour l'aider à surmonter son besoin de tout contrôler en permanence, mais les incantations répétées à haute voix sont carrément trop années 80 pour moi. Maintenant que j'y pense, c'est un peu pareil pour la tenue de rentrée que je me suis achetée la semaine dernière. Comment ai-je pu croire un instant que je pourrais porter un legging et cet énorme collier turquoise ? Je n'ai pas exactement le style de Mary-Kate Olsen.

La préparation de la rentrée est pour moi une angoisse existentielle depuis la maternelle, lorsque ma mère m'imposait des chaussures à brides noires quelconques au lieu de mes étincelantes, mes magnifique chaussures rouges, établissant ainsi dès le départ que j'étais moche et nulle.

Cette année, j'entre en terminale et à mon avis, il est un peu tard pour changer mon image de fille en jean et sweat-shirt sans passer pour une poseuse. Je serais mortifiée qu'on me remarque seulement pour mes efforts désespérés, surtout au vu de la liste d'objectifs que je me suis fixés pour cette dernière année au lycée :
1. Réussir à entrer à l'université.
2. Ne pas grandir.

Enfin, émotionnellement, j'aimerais grandir. Devenir une personne mûre, gracieuse, prévenante, gentille, qui n'ait pas peur des garçons. J'aimerais aussi que mes cheveux poussent. Voilà des mois qu'ils m'arrivent aux épaules – je crois que mes follicules ont cessé toute croissance, Jess prétend que c'est mon karma. Tout ça parce que j'ai rasé les cheveux de sa Barbie P-DG lorsque nous avions six ans (alors que je voulais juste reproduire une coupe à la garçonne, je le jure).

Bref, la croissance que j'aimerais éviter, c'est celle de mon corps. Tous les soirs, je prie pour ne plus grandir. Est-ce mal de ne prier que pour ça, et pas pour mes parents, mon frère, mes amis et les enfants victime de la famine ? Parfois, je les rajoute aussi, au cas où quelqu'un m'écouterais vraiment. Mais jusqu'à présent, l'Être suprême n'a pas accordé tellement d'attention à mes suppliques très ciblés, parce que, chaque année, c'est comme si j'étais passé dans une étireuse pendant l'été.

En première, je mesurais un mètre quatre-vingts et j'étais certaine que je m'arrêterais là. Erreur. Me voilà aujourd'hui avec mon mètre quatre-vingt-deux, mon jean basique (taille XS, extra-long) et mon débardeur bleu clair (extra-long lui aussi, sans quoi mon torse ridiculement grand dépasserait), à espérer que personne ne me remarquera jamais. Le legging et le gros collier ? Réservé à quelqu'un de plus petit, de plus mignon, une fille belle et fière de l'être, ce qui n'est pas vraiment mon cas. Quelqu'un comme Jess. Ou Shelly Ryan, peut-être.

Je crois qu'il faut que je précise qu'il y a un numéro 3 sur ma liste d'objectifs pour cette année, même si j'en suis pas très fière (jamais je ne l'avouerais à Jess ou à Pete, qui me transperceraient de leurs piques sarcastiques s'ils l'apprenaient) : je veux être une M & M's.

Cet été, lors d'une crise affective très forte, et de quasi-démence, j'ai avoué à ma mère, en larmes, avec un sérieux déchirant, que je voulais être une M & M's. Elle m'a répondu que je ne devrais avoir aucun problème à trouver un boulot chez M & M's si j'étais vraiment motivée. Voilà qui m'apprendra à me confier.

Les trois filles les plus populaires du lycée de Chapel Hill se font appeler les M & M's, pour « Merveilleuses et Magnifiques ». Shelly Ryan est la M & M's par excellence; Tina Geiger et Jasmine Jostling sont ses clones. La devise super énervante de leurs personnages sucrés à en être éc½urants : « Personne ne résiste aux M & M's.» En troisième, Jess et moi avions ajouté cet avertissement : « Gare aux caries et à l'indigestion », et nous nous étions trouvées géniales d'avoir ainsi filé la métaphore. Elles sont la cible de nos moqueries depuis qu'elles font la loi dans notre école.

Mais au fond, j'ai beau trouver les M&M's ineptes, savoir que le lycée constitue sûrement leur période de gloire avant le déclin, qu'à la fac je rencontrerai plein de gens différents qui m'apprécieront pour mon caractère unique et se ficheront que j'ai la dernière couleur de gloss Juicy Tubes de Lancôme ... j'ai trop envie d'être comme elle. Je veux leurs lèvres brillantes, leurs voix sensuelle, leurs battements de cils. Je veux leurs pieds tout mignons en pointure 38, leur torse de taille normale, adapté au port du Bikini. Je veux que leurs petits amis –n'importe lequel- me connaissent par mon nom de scène ( qui est tout simplement « Vicky Walker » mon vrai nom). Je veux ...

Ding dong. On sonne à la porte.
Jess. Ooooh, elle serait très énervée si elle entendait le monologue intérieur que je suis en train de débiter devant mon miroir. A dire vrai, je suis très énervé moi-même. C'est trop déprimant ! J'ai peut-être besoin d'une incantation moi aussi. « Tu es belle, sage ... » Laisse tomber, c'est trop con à dire à voix haute.
Je jette un dernier coup d'½il à la carte de visite posée sur le coin de ma coiffeuse, que j'ai fait de mon mieux pour ignorer depuis mon réveil. Eh oui, elle y est toujours. J'hésite une minute, puis je la glisse dans ma poche avant, histoire de ne pas la perdre.


« Salut papa ! »
Je sors.

Je ne suis pas encore devant la voiture que je vois déjà le froncement de sourcils de Jess à travers le pare-brise de sa Golf gris métallisé. Pete est à l'arrière, comme d'habitude, en train de jouer sur sa PSP. Au moins, il ne remarquera pas que j'ai été trop froussarde pour mettre ma nouvelle tenue. A l'instant où j'ouvre la portière, avant même de poser mon sac par terre, j'interromps le speech que Jess est sur le point de me servir.
« Les collants étaient super collants ! En plus le collier pesait des tonnes autour de mon cou –on aurait dit des cailloux. Heureusement que mon jean était propre. »

Jess me regarde sans rien dire en pensant très fort T'es nulle, si tu crois que je ne te voyais pas venir, mais au moins j'échappe au sermon. Cela dit, Pete ne peut s'empêcher de m'envoyer une pique.
« Des collants collants ? Pas croyable. » Puis, avec un « tss-tss » à peine audible, il se replonge dans Tokobot.
En fait, j'aurais bien aimé porter la tenue que Jess et moi avions choisie ensemble, mais ... Hum. Je n'arrive même pas à trouver une seule bonne raison pour justifier mon comportement. J'ai honte. Je suis trop grande. Je n'ai pas envie de sentir tous les regards braqués sur moi, alors pourquoi devrais-je porter des vêtements colorés et branchés ? Ca ne servirait qu'à me faire remarquer par tout le monde. Le fait d'avoir ce genre d'idées dans la tête réussit à me dégouter d'être amie avec moi-même. Mais bon, c'est comme ça.
« Vous êtes beaux, tout les deux », dis-je, en espérant détourner l'attention de ma propre lâcheté. Jess porte la robe bain de soleil soyeuse que nous avons choisie ensemble à Forever 21 – ivoire, entièrement brodée de fils dorés. L'effet est très réussi sur sa peau un peu bronzée, avec ses longs cheveux bruns. Sans perler de sa silhouette menue et bien faite.

« Jess fait très Gisèle aux Oscars des bizuts aujourd'hui » dit Pete, qui porte son éternel uniforme Original Penguin, tee-shirt rayé et velours de l'Armée du Salut. «Tu ne crois pas que tu devrais arrêter d'utiliser un vocabulaire de lycéen ? demandais-je, tu finiras bien par rencontrer des gens qui ont un âge différent du tien, et personne ne comprendra de quoi tu parles.
-Pff
, grommelle Pete. Les gens qui n'ont pas les mêmes références culturelles que moi ne m'intéresse pas.
-Quelle ouverture d'esprit, Clark Kent
» réplique Jess.

Après quelques secondes de silence, Jess nous demanda nos objectifs pour cette année de terminale .



# Posted on Sunday, 23 August 2009 at 2:06 PM

Edited on Wednesday, 28 October 2009 at 3:53 PM

{Deuxième chapitre}

{Deuxième chapitre}
- - - l-- In "Ashes To Ashes" I'm falling falling
- - - l-- In "Ashes To Ashes" I'm losing losing
- - - l-- In "Curl" and "Grazes" I'm feeling feeling
- - - l-- In "Curl" and "Grazes" I'm losing losing
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Après quelques secondes de silence, Jess nous demanda nos objectifs pour cette année de terminale.
« Oh, lire un peu de Kerouac, commence Pete, Adhérer au club des Jeunes socialistes, m'assurer que les profs utilisent correctement leur corbeille de recyclage pour le papier, manger le plus possible de bretzels de chez Katie, avouer à la fille que j'aime que je craque pour elle depuis dix ans ...
-Sérieusement, je voulais dire
» précise Jess en fixant Pete dans le rétroviseur.
Ce qu'elle peut être autoritaire, parfois.
« Vicky ? » reprend-elle.
Faisant mine de l'ignorer, j'étudie mon visage dans le miroir du pare-soleil, comme s'il pouvait être plus joli qu'il ne l'était la semaine passée. Eh non. Mêmes yeux verts si pâles qu'ils en sont presque gris, même teint terreux, blême et plein de taches de rousseur, oreilles décollées digne d'un éléphant, minuscules lunettes à monture métallique. Je devrais peut-être demander à Pete de m'aider à choisir une paire plus cool.
« Ouh ououh .... Vicky ? T'es objectifs ? »
Jess s'impatiente.
« Euh... Entrer à la fac et éviter la sélection en NBA féminine, déclaré-je, sans souffler un mot de ma fascination félonne pour les M&M's.
-Vous n'avez vraiment aucune ambition », réplique-t-elle, exaspérée.
Je cède et lui donne ce qu'elle attend vraiment :
« Et toi, Jess, quels sont tes objectifs pour la terminale ?» Avant même la fin de ma question, elle est lancée :
« Je veux au moins 15 de moyenne. Je vais repasser les tests d'entrée à l'université, parce que bon, j'avais vraiment la crève, c'est pour ça sue je n'ai pas eu une note formidable. Je vais faire en sorte que le journal du lycée soit complètement inoubliable. Sans oublier la fac. Je vais envoyer ma candidature à Brown très, très tôt. Genre la semaine prochaine. J'ai presque terminé la dernière dissert. Oh, et je vais me trouver un mec, c'est clair. »
Jess tient absolument à sortir avec un garçon avant la fin du lycée. Bien qu'elle soit jolie, intelligente, et qu'on puisse tout à fait la classer parmi les filles raisonnablement populaires de l'école, elle n'a jamais eu de relation assez sérieuse avec quelqu'un pour pouvoir prétendre « avoir un mec » (et, euh, moi non plus, d'ailleurs). Je crois que son obsession tient plus à l'image emblématique de « l'amoureux du lycée » qu'à autre chose. Quant à moi, je me suis résignée à attendre qu'un garçon de la fac veuille bien apprécier mon coté unique, puisque apparemment c'est ainsi que les choses se passent.
« Que penses-tu de Baxter Bolton ? » Demandé-je.
Pete glousse depuis le siège arrière.
Je susurre d'une fois faussement sensuelle : « Oh, Baxter, la vibration est hallucinante, quand tu me pousses contre la presse. »Pete met Tokobot sur pause et en remet une couche « Oh, Baxter, tatoue-moi la page de une sur le dos, chéri ! »Nous pouffons tous les deux, ravis, tandis que Jess se gare en haussant les yeux au ciel.
Mon ventre se serre. Comme tous les matins de semaine - plus particulièrement celui-ci, qui marque la fin de l'été-, car je déteste quitter Jess et Pete, la sécurité de la Golf. Je laisse deux amis compréhensifs qui m'estiment drôle, intelligente, ouverte, pour retrouver le reste de ma classe de terminale, pour qui je suis le « Géant Vert ». C'est le surnom dont j'ai hérité en sixième lorsque j'ai atteint le mètre soixante-dix. Il a plus ou moins disparu depuis, mais je l'entends toujours résonner dans ma tête lorsque je traverse le hall, en essayant d'éviter de croiser les regards. Le moment où Jess serre le frein à main, c'est comme un coup de feu sur la ligne de départ. On y est : Premier Jour de Terminale.



Jess, qui fonce à une réunion avec son conseiller pour le journal de l'école, nous adresse un dernier signe par-dessus son épaule, puis Pete et moi nous rendons à nos casiers, situé dans le bâtiment des sciences.
L'année dernière, quelqu'un a gravé J' ♥ VICKY WILLIAMS en minuscules lettres en haut de la porte de mon casier. Ce n'est pas vraiment gros pour que quiconque le remarque au passage, autrement dit ce n'est pas non plus assez gros pour que le concierge du lycée se donne la peine de l'effacer d'un coup de peinture, et c'est tant mieux. Je sais que ça a l'air idiot, mais cette petite inscription compte beaucoup pour moi. C'est tout ce grand mystère qui l'entoure : qui l'a écrit ? Quand ? Était-il sérieux ? Cela paraît trop discret pour être une blague cruelle et j'aime imaginer que Brendon Urie l'a griffonné un jour, après un après-midi particulièrement intolérable en compagnie de Shelly Ryan. Bien que Brendon ait tout du gros lourd de base susceptible de boire son poids en bière l'année prochaine pour se faire accepter dans la meilleure association d'étudiants, j'ai toujours vu en lui autre chose. Il était en cours d'anglais avec moi l'année dernière, et j'aurais juré qu'il avait soutenu mon regard une seconde de plus que nécessaire lors la présentation de son sonnet d'amour.
« Alors j'imagine qu'il est toujours là?
Demande Pete.
-Hein? Oh ... » Je me rends soudain compte que je suis en train de passer le doigt sur le graffiti, au lieu d'ouvrir mon casier et de rejoindre ma classe. « ...oui... »
-Tu es trop romantique, Vicky, dit-il en riant, On se retrouve pour déjeuner ?
-D'accord. Amuse toi bien en Physique. »
Après avoir attrapé mon classeur rouge d'anglais, refermé mon casier , je jette un dernier regard sur la porte. J' ♥ VICKY WILLIAMS . Soupir.
J'emprunte le couloir – dos droit, tête haute. A la maison, ma mère me dit toujours « tiens toi droite, mon poussin! » (tu parles ! Un poussin transgénique, oui !) et mon père adore dire que sa Vicky pousse comme une mauvaise herbe. Cette blague, qui n'a jamais été drôle, est devenue quasi intolérable depuis ma grosse poussée de croissance à l'âge de onze ans. Lorsqu'on commence à se moquer de vous à l'école, on n'a pas envie d'entendre la même chose à la maison.
Bien que la majorité des gens de terminale ait mûri et ne m'appelle plus le Géant Vert, je me fais toujours l'effet d'un monstre. Ce qui explique peut-être pourquoi ma posture naturelle, dans les couloirs, est d'être penchée sur mes livres, résolue à ne croiser le regard de personne, préférant me concentrer sur le lino gris.
Mais aujourd'hui, je me sens encore plus bizarre que d'habitude vis-à-vis des autres.
Sont-ils tous en train de me dévisager ? Ma gène excessive a peut-être un rapport avec ce qui s'est passé hier après-midi au cinéma....

# Posted on Tuesday, 25 August 2009 at 11:30 AM

Edited on Wednesday, 28 October 2009 at 3:53 PM